Le projet

  1. Contexte.
  2. La manière dont les individus évaluent les situations de choix
  3. La diversité individuelle des préférences pour la liberté de choix et le rôle de la culture
  4. Le paradoxe de l’abondance de choix
  5. Méthodologies
  6. Implications

Contexte.

Selon la vision "standard", du moins chez les économistes, la liberté de choix est désirable parce qu’elle améliore le bien-être individuel; et elle améliore le bien-être parce qu’elle permet à l’individu de trouver une option qui correspond mieux à ses préférences et besoins.

Cette vision est restrictive dans la mesure où elle oublie deux éléments importants : 

  • La liberté de choix peut être valorisée pour elle-même (valeur intrinsèque).
    "Ce qui, de tout temps, a attaché à la liberté le coeur de certains hommes, ce sont ses attraits mêmes, son charme propre, indépendant de ses bienfaits...Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle même est fait pour servir" Alexis de Tocqueville
     
  • En même temps, la liberté de choix donne l’occasion aux individus de choisir et, de fait, d’éliminer des options. Cet exercice s’accompagne des coûts, que ceux-ci soient cognitifs (difficulté à identifier la meilleure option) ou psychologiques (stress de la décision, peur de regretter son choix, etc.).
    "I see it all perfectly; there are two possible situations—one can either do this or that. My honest opinion and my friendly advice is this: do it or do not do it—you will regret both" Soren Kierkegaard
     

Ce projet de recherche propose d’étudier les préférences individuelles pour la liberté de choix, dans quelle mesure la liberté de choix est une dimension du bien-être individuel et d’en comprendre les motivations (valeur instrumentale ou intrinsèque, aversion au choix en raison de coûts cognitifs et/ou psychologiques).

Nous distinguons trois questions spécifiques.

La manière dont les individus évaluent les situations de choix

Une situation de choix se caractérise par (i) un ensemble d’options disponibles (ensemble de choix) et (ii) des contraintes extérieures qui peuvent être la Nature, autrui ou un Etat, des normes, etc. 

L’évaluation des situations de choix fait l’objet d’un débat théorique. Certaines approches de la mesure de la liberté de choix insiste sur la taille de l’ensemble de choix (Pattanaik et Xu), alors que d’autres défendent l’idée que la liberté ne peut être évalués sans références aux goûts des individus, ou aux goûts que ceux-ci pourraient avoir. D’autres insistent sur le rôle des interférences extérieures et de la société; c’est la valeur de la liberté comme absence d’interférence défendu par des auteurs comme I. Berlin (liberté négative). Des approches plus récentes intègrent les coûts de la décision: la difficulté à identifier la meilleure option, la peur de regretter son choix, la peur de prendre une mauvaise décision, etc.

C’est qui nous intéresse ici de "tester" l’importance empirique de ces différentes dimensions de la liberté de choix.

  • Comment les individus évaluent-ils des ensembles de choix ? 
  • Comment évaluent-ils les interférences d’autrui (droit de décision / liberté négative ou comme absence d’interférence) ?

La diversité individuelle des préférences pour la liberté de choix et le rôle de la culture

Des recherches récentes en économie et psychologie expérimentale ont mis en évidence la diversité des préférences parmi les humains, et l’importance de la culture (vue comme l’ensemble des normes et croyances partagées dans une société) peuvent influencer la formation des préférences. C’est vrai notamment pour l’altruisme, la réciprocité et les comportements de punition.

Mais est-ce le cas des attitudes individuelles vis-à-vis de la liberté de choix ?

  • Existe t-il une préférence universelle pour la liberté ?
  • Ou, au contraire, des valeurs individualistes et de libre expression, contrairement à des valeurs traditionnelles, favorisent-elles un goût pour la liberté de choix ?

Le paradoxe de l’abondance de choix

Des recherches en psychologie et économie ont mis en évidence le phénomène de paradoxe du choix ou de choice overload. L’abondance de choix ne permet pas toujours de faire une meilleure décision : les individus ont tendance à différer leur choix, ressentir une moindre satisfaction ou une sensation de regret plus prononcée.

Dans ce projet, nous nous intéresserons en particulier à mesurer le paradoxe du choix en s’intéressant à la nature de l’option choisie au final (status quo, familiarité, etc.) et à explorer les questions suivantes :

  • Comment expliquer que l’abondance de choix ne permet pas toujours de faire des meilleurs choix? Pouvons nous l’expliquer par une attention limitée (je ne suis pas capable d’évaluer et comparer toutes les options disponibles)? Ou par des préférences dites non-standards intégrant des phénomènes psychologiques et émotionnelles?
  • Comment améliorer les processus de décision? Quels types de mécanismes et institutions permettent d’améliorer les choix individuels?

Méthodologies

Pour répondre à ces questions, nous utiliserons les méthodes de l’expérimentation en sciences sociales. Ces méthodes consistent à utiliser un environnement controlé pour mesurer les préférences des individus, ainsi que les processus de décision individuelle ou collective.

Implications

Si la connaissance des préférences individuelles pour la liberté de choix a un intérêt en soi, elle peut également aider à identifier une mesure pertinente du bien-être individuel ainsi qu’une organisation sociale et des politiques publiques plus justes. Par exemple, devrions-nous promouvoir la liberté de choix des individus, ou au contraire, adopter des politiques paternalistes ? Les salariés devraient-ils être autonomes ou une entreprise de type hiérarchique est optimales ?

Une autre justification est possible : une vision raisonnable de la justice sociale ne peut se constituer indépendamment des préférences et des expériences des individus eux-mêmes.
Men are now cured of their passion for hypotheses and systems in natural philosophy, and will hearken to no arguments but those which are derived from experience. It is full time they should attempt a like reformation in all moral disquisitions; and reject every system of ethics, however subtle or ingenious, which is not founded on fact and observation.” (David Hume, An Enquiry concerning the Principles of Morals)