COVID-19 : Les français accepteront-ils un vaccin ?

La future campagne de vaccination contre le COVID-19 est menacée par la méfiance envers les vaccins, mais aussi par la reprise politique de ce sujet.
COVID 19 : Les français accepteront-ils un vaccin ?

Fin mai, Olivier L’Haridon (CREM, Univ. Rennes1) a publié un article dans la revue scientifique The Lancet Infectious Diseases, en tant que membre du collectif COCONEL group. Le COCONEL group est composé de Patrick Peretti-Watel, Valérie Seror, Sébastien Cortaredona, Odile Launay, Jocelyn Raude, Pierre Verger, François Beck, Stéphane Legleye, Olivier L’Haridon, Jeremy Ward.

Il y a quelques semaines à peine, plus de la moitié de la population mondiale était confinée pour limiter la propagation du Coronavirus 2 (SRAS-CoV-2). Pour les scientifiques, c’est une course contre la montre pour trouver un traitement. Au-delà de l'épidémie actuelle, à plus long terme, le développement de vaccins contre le SRAS-CoV-2 et leur accès mondial sont une priorité pour mettre fin à la pandémie.

Cependant, le succès de cette stratégie repose sur l'acceptabilité de la vaccination par la population : et si elle ne voulait pas du vaccin ? Cette question n'est pas seulement rhétorique; de nombreux experts ont mis en garde contre une baisse mondiale de la confiance du public dans la vaccination et l'augmentation des hésitations vaccinales au cours de la dernière décennie, en particulier dans toute l'Europe et en France. Les premiers résultats d'une enquête réalisée fin mars en France suggèrent que cette méfiance risque de devenir un problème lorsque le vaccin sera disponible.

Premiers résultats : « Près d’un Français sur quatre ne compte pas se faire vacciner contre le Covid-19 »

Dix jours après le début de l'isolement national (27-29 mars), le groupe COCONEL a réalisé une enquête en ligne auprès d'un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. 26% des répondants ont déclaré que si un vaccin contre le SRAS-CoV-2 devenait disponible, ils ne l'utiliseraient pas, cette attitude étant plus répandue chez les personnes à faible revenu (37%), qui sont généralement plus exposées aux maladies infectieuses, parmi les jeunes femmes (âgées de 18 à 35 ans; 36%), qui jouent un rôle crucial dans la vaccination des enfants, et chez les personnes âgées de plus de 75 ans (22%), qui courent probablement un risque accru de développer une maladie grave due à COVID-19.

Une prise de position corrélée à l’opinion politique des répondants

Les données recueillies dans l’enquête COCONEL suggèrent également que les opinions politiques des répondants jouent un rôle important dans leur attitude. L'acceptation par les participants d'un vaccin contre le SRAS-CoV-2 semble dépendre fortement de leur vote au premier tour de l'élection présidentielle de 2017 : ceux qui ont voté pour un candidat d'extrême gauche ou d'extrême droite sont beaucoup plus susceptibles de déclarer qu'ils refuseraient un vaccin, ainsi que ceux qui se sont abstenus de voter.

L’importance d’une communication transparente par les autorités publiques dans les situations d’incertitude

Les résultats de l’enquête COCONEL mettent en évidence l’importance de la crédibilité de l’information transmise dans le cadre des politiques publiques de santé afin de garantir au public que les recommandations reflètent l'état des connaissances scientifiques plutôt que des intérêts politiques. Ce problème est exacerbé en temps de crise, du fait de l’ incertitude scientifique considérable qui y existe. Il est crucial de comprendre la manière dont les individus perçoivent l’incertitude, et de communiquer rapidement et de manière transparente sur ces processus pour éviter que les vaccins ne deviennent partie intégrante des débats politiques.

 

Pour lire l’article sur The Lancet Infectious Diseases, c’est ici.
Jeremy Ward, membre du collectif COCONEL group a présenté cet article dans le journal du CNRS : son interview est disponible ici.